Toutes les actualités
De l’euphorie aux interrogations 
Découvrez en avant-première l'édito du nouveau numéro !

  1.jpg


























La région de Cognac connaît en ce début d’année 2020 une certaine effervescence liée à une série d’éléments concernant la vie des structures professionnelles et syndicales, l’activité des grands acteurs de la région et une série d’événements imprévus. Le contexte d’euphorie semble tout de même se tempérer depuis quelques mois. Les grands négociants, qui déploient toujours autant de moyens pour développer la catégorie Cognac, font état d’une moindre visibilité au niveau des marchés principaux et même d’une certaine inquiétude pour l’année à venir. Parallèlement, la viticulture s’investit à 200 % dans la rénovation et l’extension du potentiel de production en essayant de concilier les enjeux de productivité aux principes de viticulture durable. C’est un challenge ambitieux, passionnant, mais ô combien complexe ! Les responsables des propriétés mobilisent des moyens financiers et humains considérables pour construire « les vignes, les chais et les distilleries du futur ». La région vit un cycle de structuration novateur de son modèle de production impliquant des investissements conséquents dans le long terme. Produire en faisant preuve d’ambition environnementale est sans aucun doute incontournable pour l’avenir de la filière, mais en ayant la lucidité de bien en anticiper les conséquences au niveau de la productivité et des charges de production.

L’économie du Cognac prospère mais des inquiétudes aux USA et en Chine


 Le niveau des expéditions régionales sur l’année civile 2019 reste très bon avec un accroissement des volumes de 6,2 % (606 238 hl AP) qui est toujours tiré par la dynamique des marchés chinois et américain. L’économie du Cognac semble pourtant envisager son avenir à court et moyen terme avec un peu moins de visibilité et de sérénité. Tout d’abord, les bons chiffres cités précédemment doivent être tempérés par l’importance des expéditions de précaution aux États-Unis liée à la crainte d’une taxation à l’automne dernier à laquelle finalement notre produit n’a pas été soumis. Les productions de vins de Bordeaux et de Bourgogne, malheureusement touchées par les mesures de rétorsion aux USA, voient déjà leurs ventes chuter de manière brutale. On ne peut donc que s’inquiéter de la volonté des autorités américaines de taxer de nouveaux produits français et européens d’ici la fin du mois de février. Souhaitons que Cognac y échappe encore ! Le marché chinois s’est très bien tenu au cours de l’année écoulée sur les plans des volumes comme de la valeur. Le ralentissement de l’économie chinoise lié aux tensions commerciales avec les États-Unis ne semble pas avoir eu de trop fortes conséquences sur les ventes et la consommation du nectar régional. En fin d’année dernière, les avancées des négociations entre les deux superpuissances constituent une bonne nouvelle pour l’avenir. Par contre, le nouveau sujet d’inquiétude concerne la récente et terrible crise sanitaire à laquelle est confrontée la Chine. Ses conséquences humaines sont bien sûr dramatiques et inquiétantes. Le pays est entré depuis quelques semaines dans un cycle de vie au ralenti dont les conséquences économiques sont déjà perceptibles. « L’usine du monde » est confrontée à une perte d’activité réelle et la consommation intérieure s’avère également affectée. L’onde de choc de ce ralentissement économique, imprévisible mais déjà réel, touche de nombreux secteurs d’activité à des degrés divers. La filière Cognac observe avec beaucoup de vigilance l’évolution de cette situation préoccupante qui est intervenue dans la période stratégique du Nouvel An chinois.


Une refonte de la gouvernance du BNIC inattendue mais anticipée



 L’un des événements professionnels inattendus du moment est le départ de Catherine Le Page, la directrice du BNIC, après dix années à la tête de l’interprofession. Des raisons personnelles l’ont conduite à mettre fin à sa carrière, et Patrick Raguenaud, le président, assurera la fonction pendant une période de transition qui durera probablement jusqu’à la fin de la mandature. Au-delà des circonstances personnelles de cette décision, ce départ soulève des interrogations. Le BNIC représente dans la région de Cognac une institution forte, reconnue, ayant deux fonctions principales : assurer des missions de service public et mettre en place la politique régionale définie par les élus siégeant au comité permanent. La structure interprofessionnelle, dont les vertus semblaient pourtant louées, ne serait-elle plus tout à fait en phase avec certaines attentes ? Pourquoi les professionnels actuels ont-ils le souhait de faire évoluer la gouvernance du BNIC dans les derniers mois de la mandature ? L’argumentation officielle avancée serait de rendre l’interprofession plus efficace et plus en phase avec le fonctionnement des autres structures professionnelles de la viticulture et du négoce. Il se susurrerait que, dans l’avenir, le pilotage du BNIC serait géré par une direction collégiale intégrant les responsables du comité permanent et les directeurs des syndicats de l’UGVC et du SMC. Apparemment, le dossier est sûrement déjà travaillé en profondeur et en toute discrétion depuis un certain temps. Il est désormais de pleine actualité car des réflexions et des débats officiels vont se tenir dans les toutes prochaines semaines. Le timing de la transformation de la gouvernance du BNIC serait établi pour être finalisé d’ici le début du mois d’octobre prochain.


Un millésime de bilan et d’élection pour l’UGVC



 Au niveau de l’UGVC, 2020 sera un millésime de bilan et d’élection. La stratégie de développement du vignoble est aujourd’hui entrée dans une phase opérationnelle. Une première tranche de plantations nouvelles de 3 400 ha a été octroyée au printemps dernier et des surfaces équivalentes font l’objet de demandes pour 2020 et 2021. L’autre dossier sensible et stratégique du moment concerne le challenge viticulture durable. Les décideurs de la viticulture et des grandes maisons de négoce déploient beaucoup d’énergie pour inciter les viticulteurs à adhérer rapidement à ces concepts de production. La protection du vignoble et la réduction de l’utilisation des intrants chimiques sont désormais des préoccupations prioritaires. De tels sujets ne se gèrent pas seulement par des actions réglementaires, mais en faisant preuve de professionnalisme, de « vista » et aussi de sagesse. On sent réellement une rupture entre les prises de position des décideurs et les viticulteurs de la base, acteurs de la productivité du vignoble. Toute intervention sur le vivant se construit et se pilote dans la durée ! Cette réflexion pleine de sens ne semble pas faire l’unanimité.


Concilier la productivité aux enjeux de viticulture durable, un dilemme


 La très grande majorité des viticulteurs adhère aux principes des méthodes respectueuses de l’environnement, mais leur vécu éminemment riche les amène à porter un regard sensé sur les choses. Vouloir maîtriser de façon rationnelle l’emploi des pesticides n’est pas un concept nouveau, et les limites des stratégies de protection minimalistes en Charentes sont connues depuis longtemps. Le dilemme actuel est donc profond : comment concilier les exigences de forte productivité à une réduction des utilisations d’intrants phytosanitaires ? Produire régulièrement 12 à 15 tonnes de raisins/ha en utilisant des méthodes de protection douces et plus « vertes » est-il possible ? C’est probablement envisageable si la filière se donne les moyens de développer des méthodes de protection novatrices et efficaces. En effet, l’introduction des cépages résistants sur des surfaces conséquentes n’est pas pour demain. Or, jusqu’à présent, les actions prioritaires de la profession reposent en priorité sur des argumentations réglementaires. Est-ce suffisant ?


La grogne discrète et probablement assez profonde des viticulteurs de la base


 Se passer totalement d’herbicides et appréhender la protection uniquement avec des moyens préventifs vont contribuer à augmenter les charges de production de façon très significative. Le risque de perdre 15, 20 % de productivité est aussi une hypothèse à prendre en compte. Toutes ces données sont-elles économiquement viables dans la durée pour les viticulteurs et la filière Cognac ? Dans les réflexions prospectives de développement du vignoble conduites depuis quelques années, le coût et le niveau de valorisation des pratiques de viticulture durable ont-ils été appréhendés avec justesse ? Les hommes de la base qui vivent ces réalités ne se sentent pas assez écoutés et entendus sur tous ces sujets. La verticalité de certains discours récents autour des ZNT et de la définition des chartes des riverains les a également surpris. L’ensemble de ces éléments est à l’origine d’une grogne discrète, bien « charentaise », mais probablement assez profonde. Lors des réunions publiques de l’UGVC, un groupe de bouilleurs de crus a interpellé les responsables sur tous ces sujets. Ces hommes courageux, qui sont des entrepreneurs réalistes, ont exprimé tout haut ce que beaucoup de leurs collègues pensent tout bas.
 
< Précédent   Suivant >
Précédente
54.jpg01.jpg21.jpg31.jpg59.jpg36.jpg32.jpg37.jpg58.jpg08.jpg34.jpg27.jpg17.jpg10.jpg33.jpg14.jpg53.jpg30.jpg29.jpg06.jpg12.jpg18.jpg16.jpg38.jpg44.jpg51.jpg28.jpg02.jpg20.jpg11.jpg26.jpg05.jpg47.jpg50.jpg24.jpg19.jpg15.jpg09.jpg56.jpg61.jpg55.jpg46.jpg25.jpg40.jpg39.jpg42.jpg03.jpg22.jpg04.jpg41.jpg60.jpg45.jpg48.jpg07.jpg13.jpg49.jpg43.jpg23.jpg57.jpg35.jpg52.jpg
trialfr2_168x267_avril_2020-168x267_px.gif
Facebook
Archives

Tapez un ou plusieurs mots-clés


Flash Infos
Toutes les infos
Dernier numéro
n°1224 - février 2020
Commander

www.cognacsummit.com